Bilan d'une année et demi de recherche de financement.

Février 2016, Septembre 2017.

1 an et demi s'est écoulé depuis que nous avons commencé la recherche de financement pour Confessions d'un illuminati.

C'est le moment de faire un point avec une interview de Philippe Daniel Coll, le réalisateur, par White Scalpel.

Bonjour Philippe. Alors, commençons pas la question qui brûle toutes les lèvres : où en est le projet ?

Cela fait un an et demi que l'on rencontre des producteurs sur des salons comme le Festival de Cannes ou encore le MIP TV. À chaque fois, la réaction de interlocuteurs a été plus ou moins identique : « ah ! Les illuminati ! Vous êtes complotistes ? ».

Le cinéma européen étant en grande partie financé par de l'argent public, on sent une véritable peur de s'engager des producteurs sur ce type de sujets politiquement incorrects.

On a contacté aussi des distributeurs, notamment Orange. Là encore, à chaque fois on passe toutes les commissions pour arriver en pleinière (la commission finale), preuve que le projet à de grandes qualités, mais là encore, à chaque fois, on se fait écarter au profit d’un film plus lisse.

Sur quoi repose cette peur ? Quel est le risque pour eux ?

C'est de se faire blacklister par les organismes publics (CNC, fonds Média de l’Europe, aides régionales, etc.) et de ne plus toucher d'aides publiques. Et comme ces aides peuvent monter jusqu'à 50 % du budget d'un film, ils jouent le principe de précaution en s’auto-censurant.

C’est d’ailleurs pour cela que les films, en France, se ressemblent tous !

Alors, qu’allez vous faire maintenant ?

Au tout début du projet, on avait évoqué de recourir à du financement participatif, mais on a très vite décider de recourir à cette solution qu’en ultime recours, si on constatait qu’il était réellement impossible de produire ce film en France, de manière traditionnelle. Et là, après un an et demi de démarche, force est de constater que c’est malheureusement le cas ! Mais ce qui a été décisif dans cette décision, c’est ma rencontre avec Dream No More.

Tu nous en dit plus sur ce qu'il faudrait pour faire ce film ?

Il faut rester lucide : faire un film, ça coûte beaucoup d'argent. Le budget de Confessions d'un illuminati oscillait entre 850.000 € et 1,3 M€ (H.T.).

Ça peut paraître énorme, mais, en réalité, c'est considéré comme un budget Low Cost dans l'industrie traditionnel du cinéma français. Pour repère, un petit budget c'est autour de 3 M€. Cela s'explique par l'obligation de respecter tout un tas de réglementations et d'accords syndicaux qui font monter le coût d'un film de manière exponentielle. Mais c'est obligatoire pour pouvoir prétendre à des aides publiques.

On peut évidemment sortir de ce système et négocier de gré à gré avec les techniciens et les différents prestataires et loueurs, mais, de facto, on renonce à toute subvention qui, comme je le disais, peuvent représenter jusqu'à 50% du coût total du film.

Cela fait un an et demi que l'on essaye de financer le film de cette façon. Mais le sujet nous ferme systématiquement tous les guichets.

Alors, évidemment, il est hors de question de faire financer 850.000 € en crowdfunding. Nous avons réussi à ramener le coût du film à 200.000 €, et on est parfaitement conscient que cela reste une grosse somme pour du financement participatif. Mais si on veut faire un vrai film cinéma, il est impossible de descendre en dessous.

On ne veut pas faire ce film pour se faire plaisir. On veut le faire pour qu'il touche un maximum de personnes, les pousse à se questionner, à réfléchir. On veut partager nos interrogations, nos réflexions, avec un large public. Le cinéma reste le meilleur moyen d'atteindre ce résultat, mais uniquement si le film est au même niveau de n'importe quel film qui sort en salle.

Alors, on réfléchit aussi à une option qui permettrait d'avancer en fonction du montant récolté.

[NOTE : Philippe en dit plus sur le crowdfunding envisagé plus bas, à la question : Et tu as pensé à faire Confessions d’un illuminati en série digitale, plutôt qu’en film ?]

 

Tu as dit qu'un élément décisif a été ta rencontre avec Dream No More. Qu’est-ce Dream No More ?

C’est une jeune association loi 1901 qui participe à l’émerge de projets indépendants en les accompagnant dans leurs opérations de crowdfunding, gratuitement !

Je précise cela car il existe beaucoup de sociétés qui se positionnent sur ce secteur en prenant un pourcentage sur la somme récoltée. Alors, déjà que tu dois déduire la commission de plateforme (8 %), les contre-parties et la TVA (20% !) pour une société, si tu rajoutes encore une commission en plus, il ne te reste plus rien pour ton projet et l’argent de ceux qui voulaient t’aider a surtout servi à enrichir tous les intervenants !

Là, l’association porte le projet vis-à-vis de la plateforme choisie (donc pas de TVA à payer ! Et hop, 20 % qui restent disponible pour le projet) et ne prend pas un seul euro pour elle !

Comment s’est passé la rencontre avec Dream No More ?

J’ai rencontré d’autres collègues qui ont connu les mêmes difficultés que moi à monter leur production indépendante.

On a répondu à l’un d’eux « Les membres de la commission ont adoré ton scénario, mais ils ont trouvé que ce n’était pas le moment de faire ce film ». Le moment par rapport à quoi ? À qui ? C’était un film qui se déroulait dans une cité dont les habitants étaient confrontés à l’arrivée de gitans. Ça sortait des poncifs banlieues contre le reste de la ville, mais politiquement, on n’évite de parler des cités de manière autre que celle décrétée par l’establishment.

Évidemment, de telles réponses sont toujours orales, jamais écrites. Le courrier qu’il a reçu est la lettre type : « Malgré tout l’intérêt de votre projet, la commission ne l’a malheureusement pas retenu pour l’obtention d’une aide, etc., etc. ».

Alors, il n’y a pas longtemps, on a eu l’idée de créer une association qui aiderait les projets indépendants à voir le jour. L’idée est de faire émerger en France une véritable offre alternative et indépendante. Les projets sont sélectionnés par un petit comité, afin de garantir leur qualité et leur faisabilité. À terme, on espère que Dream No More deviendra un gage de qualité pour le public qui saura que les projets portés par l'association méritent leur intérêt, le confiance et leur aide.

Confessions d’un illuminati est officiellement le premier projet soutenu par Dream No More. J’en suis super fier !

Qu’en est-il d’Anima Studio Productions ?

ASP est toujours dans le coup ! Mais les rôles ont été redéfinis : Dream No More devient le porteur de projet et Anima intervient en post-production, en distribution et en éditeur. C’est un nouveau montage qui repose sur une synergie entre 2 structures. Ça m’a tout de suite plus : on marche toujours mieux sur 2 jambes ! (Rires)

Dans un précédent article, j’ai lu que tu présentais Confessions d’un illuminati comme l’une des pièces d’un univers cinématographique. Mais j’ai cru comprendre que le concept avait pris plus d’ampleur…

Le souci, c’est que durant cette année et demi, je n’ai pas mis mon cerveau en pause pour autant ! (Rires).

Alors, petit à petit, un univers est apparu. Il se nomme Les lucifériens. C’est dans cet univers que se déroule Confessions d’un illuminati et ses suites, si suites il y a.

Mais c’est aussi là que prendront place des séries digitales ou des romans.

Toutes ces histoires sont, bien entendu, en lien les unes avec les autres : on y retrouve les personnages secondaires de certaines qui deviennent les principaux d’autres ou des histoires secondaires qui deviennent à leur tour principales.

Les thématiques se complètent aussi, histoire de proposer, à terme, une vision globale sans avoir à tout mettre dans une unique histoire qui en deviendrait indigeste et plus ou moins compréhensible que par une poignée d’initiés.

Tu peux nous donner quelques exemples ?

Et bien, dès le début, j’ai envisagé Confessions comme un projet transmédia.

En l’occurence, comme il s’agit d’un film à la première personne (façon Cloverfield ou Paranormal Activity), la caméra coupe entre les différentes séquences. Ce qui se passe dans ces moments là est raconté dans un roman : « La vérité selon Tony ». Tony est l’un des 2 personnages principaux du film et le personnage principal de ce roman qui racontera ce que les spectateurs n’auront pas vu.

Bien entendu, tant le film que le roman sont compréhensibles tout seuls et se suffisent à eux-mêmes. Mais les 2 réunis donnent une vision encore plus large de l’histoire et des thèmes abordés.

Dans le cadre d’une série digitale, je commence à développer une série nommée L’exorcisme selon Satan. C’est au stade embryonnaire, car je ne veux pas me disperser et la priorité reste Confessions d’un illuminati. Mais j’ai déjà quelques idées et je vois très bien comment cela pourrait compléter Confessions.

Une série digitale, c’est quoi ? Une websérie ?

Oui, bien que je n’aime pas le terme de websérie : on pense tout de suite à la série faite de bric et de broc et mal jouée comme on en trouve des centaines sur Youtube. C’est pour cela que je lui préfère le terme de série digitale « inventé » par Studio+ et qui marque la différence avec ce type de productions.

Et tu as pensé à faire Confessions d’un illuminati en série digitale, plutôt qu’en film ?

Oui. Et c’est vrai que la forme s’y prête vraiment très bien.

Cependant, même en série digitale, faire de la qualité à un coût ! D’autant plus que sur le net, la culture du gratuit prédomine. Il faut donc que tous les frais soient pris en charge en amont pour que la diffusion reste gratuite. Sur l’ensemble de la série, le budget définitif est très proche de celui d’un film en réalité. Enfin, si on veut faire quelque chose de bien et non une websérie comme je l’ai décrite plus haut.

Ça nous a amené à réfléchir notre crowdfunding en terme de qualité du résultat. Ainsi, on pense peut-être le faire par palier, par exemple :

- Premier palier, l’histoire sous forme de roman : au moins, l'histoire sort et touche un public pour un coût très limité.

- Deuxième palier, le pilote pour une série digitale ;

- Troisième palier, les 3 premiers épisodes de la série digitale ;

- Quatrième palier, les 6 premiers épisodes de la série digitale ;

- Cinquième palier, les 9 premiers épisodes de la série digitale ;

- Sixième palier, l’intégralité de la série digitale (13 épisodes) ;

- Septième palier, l’intégralité de la série digitale + le film cinéma (le passage de l’un a l’autre nécessitant le (re)tournage de quelques scènes et, surtout, un nouveau montage, mixage et musique originale).

D’ailleurs si vous qui nous lisez trouvez l’idée bonne, n’hésitez pas à nous le dire en commentaire sur la page Facebook ou, encore plus simple : votez dans le sondage ci-contre (en haut de la page). Votre avis nous est important !

Merci Philippe pour cet entretien et on croise les doigt pour que 2017 et 2018 voient la réalisation de ce très beau projet, comme il en manque à la télévision et au cinéma en France !

Propos recueillis par White Scalpel.

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Dernière modification le mercredi, 13 septembre 2017 10:04
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